À quelques kilomètres de Limoges, sur les bords de la Vienne à Aixe-sur-Vienne, le château de Losmonerie surgit à mi-pente entre la rivière et les coteaux limousins avec une discrétion qui n’a d’égale que la richesse de ce qu’il cache. Car ici, l’essentiel se joue autant dehors que dedans.
Le château est érigé vers 1540 par Jean Chantois, « élu pour le Roi » un notable de Limoges chargé de l’assiette et de la levée des impôts — dans l’esprit d’une maison de campagne Renaissance : tour, escalier à vis, galerie à colonnes et chapiteaux, chapelle. C’est une demeure de plaisance cultivée, à l’image de son commanditaire. Au XVIIe siècle, Jean de Lubersac constitue l’ensemble de la cour et enrichit l’intérieur de décors picturaux. Puis au XVIIIe siècle, ce sont les Texandier de Losmonerie des officiers du Bureau des Finances de Limoges qui donnent au château son raffinement classique : peintures murales italiennes datées de 1760, et une série de huit tapisseries d’Aubusson commandées spécialement pour les salons, aujourd’hui classées Monuments Historiques et toujours en place. Depuis environ 1760, la propriété est restée dans la même famille, dont les descendants actuels — Guillaume et Laëtitia de Villelume — y vivent avec leurs enfants. Guillaume a consacré dix ans à restaurer le château de fond en comble : toitures, tapisseries, mobilier, dans le strict respect des règles patrimoniales.
Mais c’est dehors que Losmonerie révèle son caractère le plus singulier. Trois jardins labellisés « Jardin remarquable » par le Ministère de la Culture y coexistent, chacun avec sa propre personnalité. Le premier, autour des bâtiments historiques, s’inspire de la Dutch Wave — ce mouvement paysagé naturaliste né aux Pays-Bas sous l’impulsion de Piet Oudolf, Tom Stuart-Smith et Noel Kingsbury qui marie vivaces fleuries, herbes légères et fleurs sauvages spontanées pour créer une esthétique à la fois sauvage et raffinée, bourdonnante de biodiversité. Les portraits des ancêtres du salon y ont même migré : reproduits sur des tuiles en porcelaine blanche par le céramiste Éric Mézan, ils ponctuent les massifs comme autant de fantômes élégants. Le deuxième jardin est une promenade gourmande : on y trouve des fruitiers rares et inattendus en Limousin asinimiers, yuzu, poivrier du Sichuan, camérisiers, muriers et surtout la plus grande collection de framboisiers de France, avec plus de 100 variétés sur 3 000 pieds et 2,5 kilomètres de plantation. Des framboises jaunes, oranges, pourpres, venues de France, d’Italie, d’Angleterre, du Canada ou de Bulgarie, aux goûts tous différents. En saison, une partie de la récolte est proposée à la cueillette. Le troisième jardin descend vers la Vienne, où la rivière a dessiné deux grandes îles et une suite de cascades entre les rochers. C’est là que l’artiste Emmanuel Puybonnieux — lauréat du festival des jardins de Chaumont-sur-Loire en 2016 — a installé une cabane en osier de neuf mètres sur trois, qui s’intègre au paysage comme un pavillon chinois : non pour observer, mais pour entrer en connivence avec l’eau et la montagne.
Les jardins sont ouverts de juin à septembre, le château en juillet-août. Tarifs : 6 € adulte, 3 € enfant. Des jeux de piste sur la biodiversité sont proposés pour les enfants. Glaces, confitures et pâtes de fruits maison sont vendus à la boutique.