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Église Saint-Samson de Clermont

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Type de lieu

Église

Époque

Gothique primitif (fin XIIe – début XIIIe s.) · Gothique flamboyant (XVe–XVIe s.

Région

Hauts-de-France

Adresse

Angle rue de l'Église et rue de la Porte-de-Nointel, 60600 Clermont

À propos

De loin, l’église Saint-Samson domine. Elle est visible de toutes parts depuis la plaine picarde, posée en majesté sur son éperon rocheux au-dessus de la vallée de la Brèche une silhouette que les habitants de Clermont reconnaissent avant même d’avoir reconnu leur ville. Le titre qu’on lui donne parfois, de phare, n’est pas une métaphore galvaudée. C’est une réalité géographique : sur cette limite naturelle entre l’Île-de-France et le Plateau picard, l’église est depuis huit siècles le premier signe visible de la cité.

Elle est dédiée à saint Samson non pas le héros biblique aux cheveux longs, mais un évêque breton du VIe siècle, moine gallois passé par l’Irlande avant de fonder le diocèse de Dol-de-Bretagne. Un saint du bout du monde, vénéré au cœur de la Picardie : la dédicace dit quelque chose sur les voies d’influence du haut Moyen Âge, ces réseaux monastiques qui couraient de l’Atlantique à la mer du Nord et tissaient une Europe chrétienne bien avant que les États ne la dessinent.

La construction de l’édifice actuel débute à la fin du XIIe siècle, vraisemblablement autour des années 1200, pour remplacer l’ancienne collégiale du donjon des comtes de Clermont qui assurait jusque-là le culte paroissial. Le chantier avance par campagnes successives : le côté nord de la nef et la façade occidentale s’élèvent dans le premier quart du XIIIe siècle, dans un style gothique primitif directement inspiré de la prieurale de Saint-Leu-d’Esserent, toute proche — voûtes sexpartites, fausses tribunes, arcs-boutants fins. C’est une architecture de l’austérité et de la verticalité, où la lumière entre avec retenue.

Puis vient la guerre de Cent Ans. Le flanc sud de l’église est incendié et partiellement détruit. Quand on le relève, à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, on ne cherche pas à imiter l’ancien côté nord : on bâtit en gothique flamboyant, avec des arcades plus élevées, des chapelles polygonales, une façade du croisillon sud d’une élégance tout autre. Le résultat est un édifice étrangement dissymétrique six travées côté nord pour trois côté sud, deux élévations à trois niveaux contre deux niveaux en face — qui déconcerte l’œil habitué aux cathédrales homogènes. Mais cette dissymétrie est une archive à ciel ouvert : elle raconte sans commentaires la chronologie d’un chantier interrompu par la guerre, puis repris par des maçons qui avaient grandi dans un autre siècle.

Il y a aussi une anomalie que l’on ne remarque pas toujours au premier passage : l’église n’a qu’un seul bras de transept, côté sud. Le transept nord n’a jamais été construit. La raison est prosaïque et révélatrice : les fortifications du château des comtes de Clermont se dressaient exactement là où il aurait dû s’élever. La géographie du pouvoir a littéralement sculpté la forme de l’église.

À l’intérieur, le regard monte vers les voûtes puis cherche les vitraux et il y a de quoi faire. Les verrières du XVIe siècle constituent un ensemble rare en Picardie : l’Arbre de Jessé, les Litanies de la Vierge, l’Échelle de Jacob, saint Jacques autant de compositions dont les archéologues s’accordent à dire qu’elles sortent vraisemblablement du même atelier beauvaisien qui travailla pour l’église Saint-Étienne de Beauvais. Aux côtés de ces chefs-d’œuvre de la Renaissance verrale, les XIXe siècle a ajouté ses propres contributions : la Vie de saint Samson par le maître-verrier beauvaisien Lévêque, et surtout L’Épopée du roi Saint-Louis — que la tradition locale voulait né aux environs de Clermont — composée par Claudius Lavergne, l’un des plus grands vitraillistes de son siècle.

L’église abrite aussi deux objets qui méritent qu’on s’y arrête. Le premier est le transi de la Renaissance : un bas-relief classé représentant un cadavre en décomposition, genre macabre très codifié au XVe et XVIe siècle, qui rappelait aux fidèles que sous la chair la plus noble attendait le même dénouement. Le second est le buffet d’orgue, construit en 1622, probablement par Jean Ourry — l’auteur de l’orgue de Vernon dans l’Eure. Ce meuble en bois sculpté, orné d’aigles et de harpies encore marquées par l’esprit de la Renaissance, mesure plus de six mètres de hauteur. Il est classé monument historique. L’orgue lui-même a été refait au XIXe siècle, mais le buffet est d’origine, intact, et son rapport avec son cousin de Vernon reste une question ouverte que les spécialistes étudient encore.

Le clocher a sa propre histoire mouvementée : érigé à la fin du XIVe siècle, il est décapité par la foudre le 4 août 1785 — un incendie qui détruit les sept cloches d’un coup. On installe provisoirement une petite cloche devant le portail ; quatre nouvelles sont fondées place de Grève à Clermont avec les débris des anciennes. La Révolution confisque tout en 1793, sauf une. Le clocher ne sera reconstruit qu’en 1812, plus court que l’original. Les nouvelles cloches n’arriveront qu’en 1840.

Aujourd’hui l’église est à la fois lieu de culte actif et salle de concert : un festival de musique classique s’y tient chaque automne, et l’acoustique des voûtes en fait un écrin recherché. Une campagne de restauration est en cours pour sauver les toitures, les charpentes et les vitraux les plus fragiles — les premiers depuis près d’un siècle.

Informations pratiques Église ouverte au culte. Accès libre. Visites lors des Journées du Patrimoine et sur demande via l’Association des amis de l’église de Clermont. Festival de musique classique chaque automne.

Informations

Région

Hauts-de-France

Type

Église

Époque

Gothique primitif (fin XIIe – début XIIIe s.) · Gothique flamboyant (XVe–XVIe s.

Adresse

Angle rue de l'Église et rue de la Porte-de-Nointel, 60600 Clermont