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Château de Montastruc

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Type de lieu

Château

Époque

Médiéval (XIIIe–XVe s.) XVIIIe siècle

Région

Nouvelle-Aquitaine

Adresse

Lamonzie-Montastruc, 24520 Dordogne

À propos

Le nom résiste à l’interprétation. Mons adstructum, le mont fortifié ? Ou bien le mont sous les astres ? Les latinistes se disputent, et la question reste ouverte. Ce flottement étymologique dit quelque chose du lieu lui-même : Montastruc est un château qui tient en réserve plus qu’il ne montre, posé sur son éperon rocheux au-dessus de la vallée du Caudeau, à douze kilomètres au nord-est de Bergerac, sans fanfare ni panneau signalétique excessif.

Le rocher sur lequel il s’élève est habité depuis bien avant que la pierre du château n’y soit posée. La falaise abrite des grottes et cluseaux ces habitats troglodytiques creusés dans la roche tendre du Périgord occupés depuis la préhistoire, puis réinvestis pendant les grandes invasions des Ve et VIe siècles, quand Wisigoths et Francs se disputaient l’Aquitaine et que les habitants des vallées cherchaient refuge en hauteur. L’une de ces grottes recèle une figure sculptée à même le roc, réputée paléochrétienne et datée du Ve siècle par certains : une Vénus dans la paroi, au pied du château médiéval. L’histoire longue du lieu commence là, dans la roche.

Le premier château féodal appartient à la famille d’Abzac de la Douze, dont la puissance dans la région remonte au XIIIe siècle. Parmi leurs membres, l’un occupe une position stratégiquement redoutable : lieutenant général du roi d’Angleterre en Guyenne — autrement dit, l’un des hommes qui administrent la domination anglaise sur la Gascogne pendant la guerre de Cent Ans. Cette allégeance a un prix. En 1437, Bertrand d’Abzac est fait prisonnier après son occupation de Domme ; le 1er mars 1439, il est décapité à Limoges sur ordre de Charles VII. Sa condamnation entraîne aussitôt la démolition de Montastruc, ordonnée par le roi à hauteur de l’infamie une formule de justice symbolique qui signifie que le château doit être arasé jusqu’à effacer la mémoire de son seigneur traître.

Le château est donc rasé, pierre par pierre, en 1438. Dix ans plus tard, en 1449, Jean de Bretagne rend le domaine à Jeanne de Beynac, veuve de Bertrand d’Abzac, contre sa soumission formelle à l’autorité royale. La reconstruction ne commence véritablement qu’en 1480, en vertu de lettres patentes délivrées par Louis XI en septembre 1475. Sur les substructures médiévales des XIIIe et XIVe siècles, un corps de logis en retour d’équerre cantonné de trois tours s’élève à nouveau, avec un petit oratoire voûté d’ogives logé à l’étage dans une légère avancée — dont il ne reste aujourd’hui que les départs des arcs sur culots sculptés. Le château est entouré de larges douves ; un pont-levis assure l’accès, remplacé au XVIIIe siècle par un pont de pierre.

Les guerres de Religion n’épargnent pas Montastruc. Le jour de Noël 1568, Blaise de Monluc — le capitaine gascon que Catherine de Médicis a chargé de maintenir l’ordre en Guyenne par tous les moyens, et qui s’en acquitte avec une brutalité restée célèbre — assiège le château avec deux canons. La garnison huguenote capitule. L’année suivante, 1569, le sénéchal du Périgord reprend à son tour le château aux protestants et le rend aux d’Abzac. La famille traverse ainsi les deux camps, selon les alliances et les circonstances — un équilibre précaire caractéristique de la noblesse périgourdine de ce siècle.

En 1650, les murs du château voient se jouer à leurs pieds un épisode de la Fronde : le 26 mai, l’arrière-garde de Monsieur de La Valette est défaite par les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, qui escortaient la princesse de Condé et son fils le duc d’Enghien vers Bordeaux. La grande histoire frôle Montastruc une fois de plus, avant de continuer sa route.

Elle y revient en mai 1940, dans des circonstances autrement dramatiques. Quand la Wehrmacht envahit le Luxembourg, la grande-duchesse Charlotte et son mari le prince Félix de Bourbon-Parme sont exfiltrés in extremis par la France. Après quelques étapes — le château de La Celle-Saint-Cloud, puis le château du Vieux-Bost en Allier — leur convoi atteint Montastruc, où une section de tirailleurs sénégalais est détachée pour assurer leur protection. Le 16 juin 1940, ils sont rejoints par l’impératrice Zita de Bourbon-Parme — dernière impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, sœur du prince Félix — qui traverse la France en exil avec ses huit enfants, dont l’archiduc Otto de Habsbourg, chef de la maison impériale. Deux dynasties déchues, réfugiées dans un château périgourdin pendant que la France s’effondre autour d’elles. Le grand-duc Jean, alors adolescent, gardera de ce séjour forcé un souvenir ému toute sa vie. Le 17 juin, Charlotte rencontre le président Lebrun à l’Élysée ; le gouvernement français refuse désormais de garantir sa sécurité. Les deux familles quittent Montastruc en convoi, traversent l’Espagne sans s’y arrêter et gagnent le Portugal. Charlotte sera à Londres en août, résistante depuis la BBC.

Depuis 1998, le château appartient à Philippe Raynaud de Fitte et à son épouse Ségolène de Marcellus — descendante du comte de Marcellus qui acheta la Vénus de Milo en 1820 et la ramena en France, où elle fut offerte au Louvre. Un moulage grandeur nature, réalisé par les ateliers du Louvre en 2015, est aujourd’hui exposé dans les salles du château. La boucle est presque trop belle : sur le rocher aux grottes préhistoriques qui abritait déjà une Vénus taillée dans la falaise, trône désormais la réplique exacte de la Vénus de Milo.

Informations pratiques Propriété privée inscrite aux Monuments Historiques. Ouverture exceptionnelle lors des Journées Européennes du Patrimoine (septembre). Location saisonnière disponible à l’année. Chambres d’hôtes dans le château. Pour les disponibilités et réservations : montastruc.com

Informations

Région

Nouvelle-Aquitaine

Type

Château

Époque

Médiéval (XIIIe–XVe s.) XVIIIe siècle

Adresse

Lamonzie-Montastruc, 24520 Dordogne