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Château de Gramont

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Type de lieu

Château

Époque

Médiéval (XIIIe–XIVe s.) · Renaissance (1535–1545)

Région

Occitanie

Adresse

Château de Gramont, 82120 Gramont

À propos

Le château de Gramont se mérite. Il faut traverser les coteaux de Lomagne, cette Gascogne discrète qui s’étire entre Agen et Auch, longer l’Arratz dans ses méandres, puis lever les yeux au bon moment : le château apparaît sur sa crête, compact et silencieux, comme s’il montait encore la garde sur une frontière depuis longtemps oubliée. Il n’a pas tort de le faire. C’est précisément pour ça qu’il a été construit.

Au début du XIIIe siècle, Simon IV de Montfort — le meneur de la croisade contre les Albigeois, l’homme qui ravagea le Midi au nom de la foi catholique — distribue les terres conquises à ses lieutenants de confiance. Le domaine de Gramont échoit à Odon de Montaut. Naît alors un château gascon de plain pied, un bâtiment rectangulaire sobre et fonctionnel, flanqué de tours, que l’on appelle ici une tour-salle : l’architecture de la frontière, celle des seigneurs qui n’ont pas les moyens des grandes forteresses royales mais qui savent défendre un éperon. Le duché d’Aquitaine est alors anglais, et la ligne de friction entre les deux royaumes passe par là.

La famille de Montaut tient le château pendant plus de deux siècles. Puis, vers 1492, Françoise de Montaut épouse Guillaume de Voisins — et avec lui entre dans les lieux un tout autre esprit. Les De Voisins appartiennent à une génération qui a découvert la Renaissance italienne, qui a vu les chantiers de la Loire, qui veut vivre dans la lumière et non plus dans l’ombre des meurtrières. Entre 1535 et 1545, une aile entière est construite en équerre par rapport au corps médiéval. Le visiteur qui franchit le châtelet d’entrée aux sculptures gothiques et pénètre dans la cour subit un choc visuel immédiat : à gauche, la pierre brute du Moyen Âge ; à droite, une façade rythmée de fenêtres à meneaux délicatement sculptées, une porte principale mise en scène en haut d’un escalier, encadrée de colonnes et surmontée d’un fronton inspiré de l’Antiquité. Deux siècles d’architecture se font face en silence.

L’intérieur ne déçoit pas. Un escalier hélicoïdal voûté d’ogives et dépourvu de noyau central — véritable tour de force technique pour l’époque — monte jusqu’à un petit oratoire privé. Les salles ont conservé leurs pavements d’origine, leurs cheminées monumentales, leurs plafonds à la française. Des tapisseries d’Aubusson du XVIIe siècle habillent les murs du grand salon de réception ; le mobilier est du XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle.

Deux personnages hantent Gramont de façon particulière. Le premier est Arnaud Guilhem de Barbazau, chevalier lié au domaine, surnommé « le chevalier sans reproche » et « le restaurateur du royaume et de la couronne de France » — titres acquis en combat singulier, lorsqu’il défit seul les six champions de l’armée anglaise sous les murs du château de Montendre. En récompense, le roi l’autorisa à porter les armes pleines et entières de la maison de France, sans altération ni brisure — une distinction réservée aux membres du sang royal. Mort en 1432 de ses blessures, il fut inhumé à Saint-Denis parmi les rois. Le second est Jean-Jacques Le Franc de Pompignan, poète du XVIIIe siècle et fondateur de l’Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Montauban, dont l’ascendance maternelle tenait la terre de Gramont.

Au XIXe siècle, la famille De Voisins vend le château. Des acquéreurs peu investis se succèdent, une restauration de style troubadour retouche çà et là les façades, puis le bâtiment sombre progressivement dans l’oubli. En 1961, quand Roger et Marcelle Dichamp, un couple venu d’Auvergne, le rachètent, il est quasi ruiné. Ils y emménagent, le sauvent, le remontent pierre à pierre, le remeubler avec soin — et le donnent à l’État. Le château appartient aujourd’hui au Centre des monuments nationaux, qui le gère et l’entretient dans l’esprit de cette donation.

Dans le jardin à la française, côté nord, un arbre arrête les regards depuis des décennies : un sophora pleureur dont les branches retombantes ont pris au fil du temps la forme massive et inattendue d’un mammouth. On s’y arrête. On s’y assoit dessous sur le banc. Et on regarde les collines de Lomagne rouler jusqu’à l’horizon.

Horaires Ouvert toute l’année (sauf 1er janvier), avec des plages variables selon la saison — de 14h à 17h30 en hiver jusqu’à 10h–12h30 / 14h–18h30 en été, fermé le lundi. Entrée gratuite les premiers dimanches du mois de novembre à avril, et pour les moins de 18 ans. Pour les horaires précis : chateau-gramont.fr

Informations

Région

Occitanie

Type

Château

Époque

Médiéval (XIIIe–XIVe s.) · Renaissance (1535–1545)

Adresse

Château de Gramont, 82120 Gramont