Au cœur du Lot, dans le petit village d’Aynac, se dresse une silhouette de pierre inattendue : un donjon de six étages flanqué de quatre tours rondes coiffées de dômes à l’impériale, le tout couvert de lauzes épaisses du pays. Le château s’impose dans le paysage avec une assurance tranquille, comme s’il avait toujours été là — et d’une certaine façon, c’est presque vrai.
Les origines du site remontent au Moyen Âge, quand, selon la tradition orale, un fort rudimentaire d’un ou deux étages servait de repaire aux brigands de la région. La seigneurie d’Aynac, rattachée à la vicomté de Turenne, est tenue par la famille des Lavergne dès le XIVe siècle au moins : en 1316, Gilbert d’Aynac rend hommage à Bertrand de Cardaillac depuis le sommet de la tour, en faisant crier trois fois « Cardaillac » une scène qui dit tout de la solennité féodale de l’époque. Le château tel qu’on le voit aujourd’hui est bâti à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle sur ces assises plus anciennes, vraisemblablement par François de Turenne d’Aynac, puis achevé par son fils Flotard et son épouse Claude de Gourdon-Genouillac. On retrouve d’ailleurs leurs initiales entrelacées — « DFC » un peu partout sur les plafonds et les murs des salons.
L’édifice est une curiosité architecturale : son plan en U autour d’une cour d’honneur ouverte au sud, sa dissymétrie générale, sa haute tour carrée centrale qui fait figure de donjon — tout suggère une construction par étapes, sur un bâti primitif jamais totalement effacé. À l’intérieur, deux salons du premier étage ont miraculeusement conservé leurs plafonds à la française peints de divinités antiques, de marines, de bouquets d’armes et de paysages dont une représentation du château lui-même tel qu’il était à l’époque. Les cheminées du XVIIe siècle sont tout aussi remarquables : l’une en pierre incrustée de marbre, sculptée de sirènes, de bacchantes et de monstres marins, surmontée d’une renommée ailée soufflant dans sa trompe ; l’autre en bois polychrome doré, avec une Descente de Croix attribuée à Le Brun dans le trumeau. Au sol, un parquet marqueté dit « Versailles » a survécu aux siècles.
La Révolution passe sur le château comme une tempête : pillé, ses archives réduites en cendres, l’orangerie du parc détruite. C’est Elizabeth de Wagram, fille du maréchal Berthier (chef d’état-major de Napoléon), qui lui redonne vie après son mariage en 1875 avec Étienne-Guy de Turenne d’Aynac. Elle se prend de passion pour les vieilles pierres et entreprend une vaste restauration. Le bas-relief ornant la porte d’entrée du donjon, qui porte ses armes mêlées à celles des Turenne d’Aynac, est l’œuvre du sculpteur Gustave Deloye. Louise de Turenne d’Aynac, mariée à un cousin du peintre Henri de Toulouse-Lautrec, sera la dernière descendante de la famille à habiter le château.
Aujourd’hui, le château appartient à de nouveaux propriétaires passionnés Marion et Timo qui le rénovent avec soin dans le respect des matériaux d’origine : pierres apparentes, poutres, travertin. Le parc de huit hectares est librement accessible aux promeneurs et randonneurs, avec des tables de pique-nique à disposition. L’intérieur ne se visite pas au sens traditionnel du terme, mais le château se loue pour des mariages, séminaires et événements, et propose des appartements et chambres d’hôtes aménagés dans les murs mêmes de l’édifice. Une piscine intérieure, une piscine extérieure et un sauna complètent l’offre.
Le château ouvre également ses portes lors des Journées du Patrimoine, avec visites guidées et exposition de véhicules anciens dans le parc fidèle à sa tradition d’accueillir chaque année le Rallye Castine et l’Aynac Motor Festival.