Le nom du lieu n’a pas la résonance d’un grand château de la Loire. Pas de fanfare, pas de foule : le Hardas se mérite. Il faut quitter Segré vers le nord, traverser les bocages doucement vallonnés du Pays Segréen, et laisser s’ouvrir la perspective sur deux tours circulaires qui émergent des arbres au-dessus du village de Louvaines. La façade nord-ouest sur son léger relief, la tour coiffée d’un dôme et surmontée d’un lanternon c’est à cet instant qu’on comprend que ce château est autre chose qu’un manoir de campagne ordinaire.
La forteresse d’origine remonte au XIVe siècle. Construite en schiste, cette matière sombre et dense extraite du sous-sol angevin, elle s’inscrit dans la longue tradition des châteaux militaires du nord de l’Anjou, gardant les routes et les passages dans une région qui fut longtemps une zone de contact tendue entre les influences bretonnes, maine et angevines. La guerre de Cent Ans laissa ses traces ici comme partout dans la région : les murs épais, les tours de flanquement, le pont-levis disparu racontent cette histoire défensive.
C’est à la Renaissance, dans la seconde moitié du XVIe siècle, que le Hardas change de visage et de vocation. Les propriétaires d’alors décident de transformer la forteresse en demeure de plaisance le mot est employé dans les actes d’époque et font appel à des artisans et des architectes qui travaillent dans le sillage du grand chantier voisin du château de Durtal. Ce château, situé à mi-chemin entre Angers et Le Mans, est alors l’une des résidences du maréchal de Scépaux et une référence architecturale pour tout le nord de l’Anjou : ses proportions, ses lucarnes sculptées en tuffeau, son ordonnancement des façades irradient sur les demeures nobles de la région. Le Hardas en est l’un des exemples civils les plus préservés et les moins connus.
Le résultat est saisissant dans sa combinaison de matériaux : le schiste sombre du gros œuvre, héritage médiéval, contraste avec le tuffeau blanc et calcaire des lucarnes, des encadrements de baies et des corniches cette pierre douce et blonde que les carriers du Val de Loire taillaient comme du beurre. La tour nord, couverte d’un dôme et sommée d’un lanternon à corniche à modillons, porte encore les marques de la première campagne médiévale ; à l’intérieur, un escalier tournant métallique y fut installé au XIXe siècle, intervention légère mais visible. Sur la façade orientale, un pavillon central auquel s’accolle un pavillon plus étroit abrite un escalier à vis dans-œuvre l’un des détails les plus fins du château.
La disposition générale est elle aussi remarquable : quatre corps de bâtiments s’enchaînent du nord au sud, flanqués aux angles par les deux tours circulaires. La cour intérieure, fermée sur elle-même, est habitée par des charmilles taillées et des topiaires géométriques dans l’esprit des jardins de la Renaissance — une composition végétale qui dialogue directement avec l’architecture du logis.
Le parc à l’anglaise qui entoure l’ensemble, planté d’une grande variété d’essences en 1992, offre un contrepoint plus romantique : les parterres de buis taillés mènent vers des pelouses qui s’ouvrent sur une perspective champêtre composée de l’étang, du bourg de Louvaines et du clocher de son église. C’est depuis cette vue que le château révèle peut-être le mieux son caractère : ancré dans son territoire, intimement lié au village qu’il domine avec discrétion depuis six siècles.
Le château est aujourd’hui propriété privée, classé et inscrit aux Monuments Historiques depuis 1991 et 1994, et en cours de restauration active.
Informations pratiques chambres d’hôtes : ouverture de 6 chambres d’hôtes à partir du 12 juillet 2025.
Visites guidées des extérieurs lors des Journées Européennes du Patrimoine (septembre)