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Château de Lys-Saint-Georges

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Type de lieu

Château

Époque

Médiéval (XIIe–XVe s.)

Région

Centre-Val de Loire

Adresse

8 rue du Château, 36230 Lys-Saint-Georges

À propos

Il faut commencer par le nom, parce que le nom est déjà une histoire. Lys-Saint-Georges. La fleur de lis de la royauté française, le saint patron de l’Angleterre  une alliance improbable, gravée dans la toponymie d’un village de deux cents âmes dans le Berry profond. La légende est belle : au XIIe siècle, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, qui guerroyaient dans la région, auraient conclu une paix provisoire et scellé leur réconciliation autour d’un banquet dans la forteresse locale. Chacun aurait offert son emblème à la bourgade  le lys pour la France, saint Georges pour l’Angleterre et le nom serait resté. La vérité est plus prosaïque : l’ancien nom du lieu, Ollicium Sancti Georgi, trahit simplement une origine romaine suivie d’une mise sous la protection de saint Georges, et les paysans disaient on va au Lis pour on va à l’Ollicium. Mais la légende tient bon, et c’est son droit.

Le château se dresse sur un éperon naturel dominant la vallée du Gourdon, un affluent de la Bouzanne, protégé sur trois côtés par de profonds ravins qui n’en permettent l’approche que d’un seul côté. La position est remarquable : par temps clair, le panorama s’étend sur plus de cent kilomètres vers le sud-est, jusqu’aux contreforts du Limousin, et sur près de deux cents kilomètres vers le sud-ouest, en direction du Poitou. Ce n’est pas un château de résidence, c’est un château de surveillance un maillon dans un réseau de forteresses qui communiquaient entre elles par signaux optiques à travers la Vallée Noire.

La partie la plus ancienne est un donjon de forme ovoïde, édifié au XIIe siècle avec son système défensif complet : pont-levis, meurtrières, chemin de ronde. L’édifice actuel, entouré de douves toujours en eau, s’est constitué progressivement à partir du XIVe siècle. Parmi les propriétaires les plus illustres de cette période figure Jacques Cœur l’argentier de Charles VII que l’on retrouve décidément partout dans le Berry, à qui l’on attribue la construction du logis actuel surplombant les douves. Les Riches Heures de Jacques Cœur, conservées à la Pinacothèque de Munich, mentionnent explicitement le domaine parmi ses possessions. Le corps de logis du XVe siècle est orné de sculptures de style gothique flamboyant ; la porterie, de la même époque, porte encore les armes de la famille Bertrand et de Navarre gravées dans la pierre.

Car c’est la famille Bertrand qui va s’inscrire durablement dans l’histoire du château. En 1440, Gilbert Bertrand en prend possession : gouverneur du Berry, chambellan du roi, bailli, ami personnel de Louis XII. C’est lui qui restaure le domaine après les ravages de la guerre de Cent Ans, dont le château avait subi plus d’un épisode la place forte était occupée par une garnison anglaise pendant une grande partie du conflit. La famille Bertrand restera à Lys-Saint-Georges pendant trois siècles.

Le séjour le plus célèbre du château n’est pourtant pas celui d’un seigneur local. En 1500, à la suite de la bataille de Novare, les Français capturent Ludovic Sforza, dit Il Moro le duc de Milan qui avait trahi les Français en formant la Ligue de Venise contre eux. Pendant un peu plus de quatre ans, de 1500 à 1504, le donjon de Lys-Saint-Georges lui sert de prison. Puis il est transféré au château de Loches, où il mourra en 1508. Le duc de Milan, maître de la cour la plus raffinée d’Italie, mécène de Léonard de Vinci, enfermé dans un donjon ovoïde au-dessus d’un ravin du Berry  il y a dans cette trajectoire quelque chose de vertigineux.

Le dernier acte de la saga Bertrand est lui aussi mémorable, mais pour d’autres raisons. En 1737, Paul-François Bertrand du Lys, dernier seigneur du lieu, est soupçonné du meurtre du curé Claude Rahon. Il s’enfuit en Espagne et n’en revient jamais. Le château est réquisitionné par la justice royale, puis vendu à la famille Du Breuil Du Bost. Sous la Révolution, le village change de nom et devient Lys-le-Pelletier, en hommage à Le Pelletier de Saint-Fargeau qui avait voté la mort de Louis XVI. À cette même époque, la partie supérieure du donjon et la vis de l’escalier sont démolies. Le château ne retrouvera son nom qu’à la Restauration, et ses habitants se renommeront eux-mêmes Olliciens en 2006, ressuscitant la vieille toponymie romaine.

Au XIXe siècle, l’architecte Alfred Dauvergne entreprend une restauration qui dénature profondément les façades et toitures  un sort commun à beaucoup de châteaux médiévaux passés entre les mains de restaurateurs romantiques trop enthousiastes. Peu après, George Sand, qui habite Nohant à quelques kilomètres et connaît chaque repli de la Vallée Noire, laisse de ce lieu une formule restée célèbre : une paroisse au nom poétique et au paysage sublime.

Le château est aujourd’hui propriété privée, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1969, et retenu parmi les projets prioritaires du Loto du patrimoine en 2020. Des travaux de restauration urgents sont en cours pour consolider le mur de soutènement du corps de logis, qui menace d’entraîner l’ensemble dans les douves.

Informations pratiques Le château est actuellement fermé pour travaux de restauration. La découverte de l’extérieur reste possible librement depuis le chemin, dans le respect de la propriété privée. Village ouvert à la visite : église Saint-Léger (XIIIe s.), Maison du jardinier (intérieur berrichon reconstitué), vestiges de la maladrerie (XIIIe s.), point de vue sur la Vallée Noire.

Informations

Région

Centre-Val de Loire

Type

Château

Époque

Médiéval (XIIe–XVe s.)

Adresse

8 rue du Château, 36230 Lys-Saint-Georges