Au cœur du Berry, à quarante minutes de Bourges, le château de Meillant se révèle progressivement au visiteur comme une devinette en pierre. Côté extérieur, une façade médiévale sévère murs épais, tours, douves rappelle la forteresse qu’il fut au XIIIe siècle, quand il appartenait aux comtes de Sancerre. Côté cour, tout change : une façade de plaisance s’ouvre sur de grandes fenêtres à meneaux surmontées de remplages ajourés, ornée de sculptures foisonnantes qui font de ce château l’un des chefs-d’œuvre du gothique flamboyant en France. Ce sont ces deux visages contradictoires — la forteresse et la demeure de cour — qui font tout le caractère de Meillant.
L’histoire du lieu remonte au XIe siècle, quand la famille de Déols y érige une tour pour répondre à celle que son voisin construit à Dun-sur-Auron. Un château existe déjà, plusieurs fois remanié, quand la seigneurie entre dans la famille Chaumont d’Amboise à la fin du XVe siècle. C’est Charles Ier d’Amboise, chambellan du roi Louis XI, qui engage les premières grandes constructions. Mais c’est son fils, Charles II de Chaumont d’Amboise lieutenant du roi en Italie et gouverneur du Milanais qui donne au château sa physionomie actuelle. Imprégné des palais et des décors qu’il observe dans ses voyages au-delà des Alpes, il fait couvrir la Tour du Lion d’ornements gothiques et renaissance d’une richesse stupéfiante. En 1527, le dicton court déjà dans les cours de France : « Milan a fait Meillant » — allusion aux revenus considérables que Charles tira de son gouvernement italien pour financer les travaux. En 1505, Louis XII s’arrête au château : en son honneur, un porc-épic couronné emblème royal est aussitôt sculpté sur la tour, entouré de douze L et douze fleurs de lys dorés.
Mais la tour réserve une autre surprise. Ses décors sont un rébus : les monts enflammés gravés dans la pierre signifient « chauds monts » — soit Chaumont, nom de la famille , et deux C entrelacés sont les initiales de Charles de Chaumont. À l’avant-dernier étage, deux soldats en trompe-l’œil gardent l’accès au dernier niveau — un cabinet d’astronomie, ouvert sur un panorama exceptionnel sur les toits et le parc.
L’histoire de Meillant est aussi, remarquablement, une histoire de femmes. La seigneurie a été transmise à de nombreuses reprises par les femmes de la lignée. Parmi les propriétaires les plus illustres, on compte la Marquise de Montespan favorite du roi Louis XIV et mère de plusieurs de ses enfants légitimés —, issue de la famille de Rochechouart qui possède le domaine depuis plus de deux siècles. Une autre page s’écrit pendant la Seconde Guerre mondiale : à la demande des Mortemart, la salle des gardes est transformée en infirmerie clandestine pour soigner les blessés de la Résistance.
À l’intérieur, le château déroule un inventaire de merveilles : le grand salon et sa cheminée surmontée d’une galerie de musiciens sculptés, la collection de tapisseries de Bruges, la salle à manger tapissée de cuir de Cordoue, la chapelle du XVIe siècle et son magnifique retable avec ses vitraux. Dans le parc à l’anglaise se cachent une glacière en parfait état, la Table des Trois Seigneurs chargée de légendes, une ancienne sellerie et une collection de voitures hippomobiles. Le Pavillon des Miniatures propose un parcours de maquettes retraçant l’histoire de l’architecture française du Moyen Âge à nos jours.
À noter : le château est actuellement fermé à la visite suite au décès de son propriétaire Aimery de Rochechouart, marquis de Mortemart. Une réouverture est prévue il est conseillé de consulter le site du château pour les informations à jour.