Il y a en France cinq familles seulement dont l’ancienneté documentée remonte avant l’an mille. La famille de La Rochefoucauld est de celles-là. Tout commence vers 980, quand Fucaldus le seigneur de La Roche pose la première fortification sur un éperon rocheux dominant la Tardoire, en Charente. Il donne à ce lieu son nom pour les siècles à venir : Fucaldus in rupe, La Roche à Foucauld. Depuis ce jour, le château n’a pas quitté la famille. Quarante générations plus tard, la même lignée habite encore les lieux.
Ce que l’on voit aujourd’hui est une accumulation de puissance architecturale sur dix siècles. Le vieux donjon roman seul vestige du XIe siècle fut conservé à chaque agrandissement, comme un signal délibéré adressé au voisinage : ici, on ne vient pas d’hier. Au XIVe siècle, la famille est si proche du pouvoir royal que le château s’enrichit d’un châtelet d’entrée et de trois tours d’angle. C’est là, le 17 juillet 1453, que le roi Charles VII apprend, à dix heures du soir, la victoire de ses troupes sur les Anglais à Castillon la bataille qui met fin à la guerre de Cent Ans. Puis vient la grande heure du XVIe siècle. François de La Rochefoucauld est le parrain du fils du comte d’Angoulême — cet enfant deviendra François Ier, roi de France. En 1515, son filleul royal érige la baronnie en comté. Son fils François II, marié à Anne de Polignac, fait alors construire la partie la plus spectaculaire du château entre 1519 et 1533 : deux corps de logis, des galeries superposées à la française et à l’italienne, une chapelle, et un grand escalier en colimaçon de 108 marches. La cour d’honneur qui en résulte évoque les cours des palais de la Renaissance italienne un chef-d’œuvre qui place Château de La Rochefoucauld parmi les grandes réalisations de la Renaissance française.
La famille ne se contente pas de bâtir. Elle pense. François VI de La Rochefoucauld (1613–1680), héritier de cette demeure, est l’un des plus grands moralistes de la littérature française. Ses Maximes, publiées en 1665, constituent l’une des œuvres les plus acérées jamais écrites sur la nature humaine : « Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés », « L’amour-propre est le plus grand flatteur du monde »… Rédigées dans les salons de la préciosité parisienne, ces formules continuent d’irriguer la façon dont la France se pense elle-même. Plus tôt, au XVIIe siècle, le cardinal François de La Rochefoucauld, grand aumônier de France, préside le Conseil du roi sous Louis XIII.
À l’intérieur, la visite déroule un voyage de sept siècles. L’escalier Renaissance avec son noyau central ajouré, le boudoir de Marguerite de Valois, les cuisines creusées dans le karst calcaire, les salles d’apparat et des gardes, la bibliothèque du XVIIIe siècle avec ses 20 000 livres précieux — dont certains sont manipulés sous les yeux des visiteurs lors de la visite guidée — et la salle des archives, qui renferme des documents exceptionnels malgré la destruction partielle des archives pendant la Révolution. Un portique de pierre provenant d’un ancien couvent de Bernardins a également été remployé, témoin silencieux d’un édifice aujourd’hui disparu.
Le château est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h (19h en été), avec fermeture annuelle de début janvier à mi-février. Tarifs : 12 € adulte, 6 € enfant (4-12 ans). La visite libre inclut les bibliothèques et la salle des archives en visite guidée.