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Chapelle Notre-Dame-de-Consolation

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Type de lieu

Église

Époque

Fin XIXe s. (1898–1900)

Région

Île-de-France

Adresse

23 rue Jean-Goujon, 75008 Paris

À propos

Il y a des lieux à Paris que l’on croise sans les voir. Coincée entre deux immeubles haussmanniens du 8e arrondissement, la chapelle Notre-Dame-de-Consolation ressemble à un bijou discret que la ville a failli oublier. Et pourtant, ses murs gardent la mémoire de l’une des catastrophes les plus dramatiques de la Belle Époque.

Le 4 mai 1897, le Bazar de la Charité tient sa grande vente annuelle au 23 rue Jean-Goujon. Ce hangar en bois reconstruit chaque année décors de théâtre peints représentant une rue médiévale, façades de boutiques factices, allées de lumières artificielles. Une centaine d’œuvres caritatives y tiennent leurs comptoirs. Le Tout-Paris philanthropique est là : des centaines de femmes de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie, venues vendre et acheter au profit des pauvres. Pour animer l’événement, une projection cinématographique est organisée le cinéma n’a que deux ans. Un technicien gratte une allumette près du flacon d’éther qui alimente la lampe du projecteur. La flamme jaillit, embrase en un instant les murs de toile et la charpente de bois. En vingt minutes, la toiture s’effondre. Les portes trop étroites piègent la foule. En dix longues minutes de hurlements, puis d’un affreux silence : 125 personnes sont mortes, dont au moins 250 blessées graves.

Parmi les victimes, la duchesse d’Alençon, Sophie-Charlotte de Bavière sœur cadette de l’impératrice Élisabeth d’Autriche, dite Sissi, et de la reine de Naples. Quand les flammes jaillirent, elle organisa d’abord la sortie des plus jeunes, refusa de partir avant les autres, s’agenouilla finalement pour prier le chapelet, et dit à ses dames de compagnie, terrifiées : « Songez que dans quelques minutes, nous verrons Dieu. » Ce drame eut des conséquences durables : il est à l’origine de l’odontologie médico-légale en France les corps étaient si méconnaissables que c’est l’état dentaire qui permit les identifications — et provoqua un renforcement considérable des normes de sécurité incendie.

Les familles des victimes, refusant l’oubli, firent acheter par souscription le terrain même du drame. La première pierre de la chapelle expiatoire est posée exactement un an après le sinistre, le 4 mai 1898. En deux ans, le jeune architecte Albert Guilbert 34 ans érige un monument néo-baroque d’une grande richesse, qui lui vaut une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1900. La chapelle est inaugurée le 4 mai 1900, trois ans jour pour jour après l’incendie. Sur le portail, deux statues allégoriques de la Charité et de la Foi encadrent la dédicace gravée dans la pierre : À Notre-Dame de Consolation — 4 mai 1897 — et l’exhortation de saint Paul : « Ne vous attristez pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance ».

À l’intérieur, la coupole est ornée d’une fresque peinte par Albert Maignan représentant la colombe de l’Esprit saint et les instruments de la Passion. Un long couloir entoure la chapelle et l’abside, parcouru par un chemin de croix composé de quatorze bas-reliefs en cuivre argenté, encadrés de colonnes doriques en granit. Sous chaque bas-relief, un cénotaphe offert par une famille. Les vitraux de Henri Carot représentent la Vierge de Pitié et l’Assomption. Dans les vestibules, deux triptyques de marbre noir listent par ordre alphabétique les noms de toutes les victimes. La chapelle appartient à l’association du Mémorial du Bazar de la Charité, composée des descendants des victimes — et son entretien ne relève pas de l’État. En 2024, une campagne de restauration urgente a été lancée pour les coupoles de plomb, soutenue par Stéphane Bern et le comte de Paris, arrière-arrière-petit-neveu de la duchesse d’Alençon.

La chapelle est classée Monument Historique depuis 1982 et se visite librement.

Informations

Région

Île-de-France

Type

Église

Époque

Fin XIXe s. (1898–1900)

Adresse

23 rue Jean-Goujon, 75008 Paris