Dans le hameau de Roques, sur la commune de Bourg-Saint-Bernard en Haute-Garonne, un château discret borde la D31 depuis des siècles, entouré de 4 hectares de parc et de 40 hectares de terres agricoles. Le Lauragais, c’est ici le pays de Cocagne ce territoire fertile où la culture du pastel, cette plante qui teintait les draps en bleu, fit la richesse de toute une région entre le XVe et le XVIe siècle, avant d’être ruiné par l’indigo des Amériques. Le village de Bourg-Saint-Bernard lui-même comptait vingt moulins pasteliers en 1585. C’est dans ce contexte prospère que s’inscrit l’histoire du château de Roques.
Le château tel qu’il se présente aujourd’hui est une accumulation de couches architecturales qui disent beaucoup sur les ambitions et les moyens de ses propriétaires successifs. Trois tours, trois époques, trois caractères. La plus ancienne, de plan carré, est vraisemblablement gothique elle remonte probablement au Moyen Âge, quand le hameau de Roques était encore une paroisse autonome. La deuxième est d’un type rare dans la région : une tourelle ronde portée sur un culot de pierre, détail constructif délicat qui trahit une main expérimentée. La troisième, de plan angulaire, est construite en brique taillée, signature du XIXe siècle lauragais. De la grande construction en U qui entourait une cour au XIXe siècle, il ne subsiste qu’un long bâtiment principal une aile a disparu, ainsi qu’un bâtiment en prolongement. Mais les vestiges du lavoir à trois bassins, notés sur le cadastre napoléonien, sont toujours là.
Le château entre dans la famille des Laplagnolle le 27 août 1564, par le mariage de Louise Delguy — issue de la famille de Passtelier, ancienne propriétaire avec Guillaume de Plaignolle, dit de nos jours « de Laplagnolle ». Cette date d’entrée dans la famille est connue avec précision, ce qui est assez rare pour être noté. Une carte postale photographiée en 1911 par Henri Jansou, conservée aux Archives départementales de la Haute-Garonne, montre le château avec son étang et son parc — une image qui témoigne d’une certaine opulence rurale à la Belle Époque.
Aujourd’hui, les propriétaires actuels entreprennent une restauration ambitieuse et progressive : réfection de la toiture, ravalement des façades, remplacement des huisseries et menuiseries, et restauration d’un cadran solaire situé sur l’une des tours. En octobre 2022, le château a obtenu le label de la Fondation du Patrimoine, qui a lancé une collecte de dons (objectif 80 000 €) et attribué en juillet 2024 une subvention du Fonds Patrimoine et Tourisme Local. Le projet de valorisation prévoit deux activités complémentaires : des séjours ressourçants pour couples accompagnés de professionnels de la relation, et une offre agritouristique ouvrant au public les savoir-faire agricoles du domaine.