Sur la rive droite de l’Allier, aux portes de Moulins, le château d’Avrilly surgit de son parc comme une vision de conte : hautes toitures d’ardoise, tours et tourelles, pavillons et lanternons, douves et bassins qui miroitent entre les arbres. Ce que l’on sait moins, c’est que ce château a en réalité deux visages littéralement. Ses deux façades principales n’appartiennent pas au même siècle, ni au même monde.
Tout commence en 1436. En pleine guerre de Cent Ans, Charles Ier, duc de Bourbon, autorise Guillot Constant, trésorier général du Bourbonnais, à « édifier un château, maison forte et basse-cour entourée de fossés ». Le château d’Avrilly naît ainsi comme résidence des trésoriers des ducs de Bourbon — des hommes proches du pouvoir, qui reçoivent régulièrement leurs maîtres sur ces terres propices à la chasse. Anne de Beaujeu, fille de Louis XI et régente de France, y séjourne : la légende locale la présente volontiers comme propriétaire des lieux. La façade orientale conserve intact l’esprit de cette époque médiévale : échauguettes aux angles, donjon couronné de mâchicoulis, arc en accolade sur les linteaux, tour nord avec son pont-levis entre deux contreforts surmontés de clochetons. Le rez-de-chaussée de cette tour est voûté d’ogives. Au XVIIe siècle, un élégant pavillon-porche d’entrée vient compléter l’ensemble.
Puis vient le XIXe siècle, et avec lui une transformation radicale. En 1872, le comte de Tournon — fils de Camille de Tournon, préfet de Rome sous Napoléon — acquiert Avrilly et décide de l’agrandir à la mesure de ses ambitions. La façade ouest, jugée trop sobre, est démolie et reconstruite dans un style néo-gothique romantique, dotée d’un belvédère de 23 mètres. Le château double de surface et atteint aujourd’hui 75 pièces. Pour les extérieurs, le comte fait appel à Achille Duchêne, l’un des plus grands paysagistes français de l’époque, auteur notamment des jardins de Vaux-le-Vicomte et de Blenheim Palace. Duchêne conçoit pour Avrilly un parc de 100 hectares entièrement clos de murs, articulé autour de sept bassins, d’un jardin à la française en terrasses, d’un parc à l’anglaise, de bois et de percées soigneusement cadrées. Quatre pavillons gardent les entrées. D’immenses communs en U, avec de remarquables écuries, ferment l’ensemble.
Et puis il y a cette anecdote stupéfiante, que l’histoire locale n’a jamais oubliée. En 1909, le dirigeable République — fleuron de la technologie militaire française, fierté de l’armée — s’écrase sur les grilles du parc d’Avrilly. Le propriétaire et son architecte assistent en direct à la catastrophe. Depuis, la famille de Tournon n’a plus quitté les lieux. Sélectionné par la Mission Bern et la Fondation du Patrimoine en 2020, le château bénéficie aujourd’hui d’un soutien pour sa restauration.
Le château d’Avrilly est ouvert à la visite de juin à septembre, tous les jours sauf le samedi, de 14h à 18h. En juillet-août, des visites guidées des intérieurs, de la chapelle et des communs sont proposées toutes les heures. Le parc est accessible en audioguide téléchargeable sur téléphone portable, avec quatre circuits thématiques.