Il existe en France quelques lieux où l’histoire de famille et l’Histoire de France ne font plus qu’une. Le château du Fraisse, à Nouic en Haute-Vienne, est de ceux-là. Tout commence en 1220, par un mariage : Quitterie du Fraisse, dernière descendante de la famille du même nom, épouse Urbain des Monstiers. Depuis cette union, le château n’a plus jamais changé de nom de famille une continuité de plus de huit siècles, transmise de père en fils ou d’oncle à neveu, toujours dans la branche aînée, jusqu’à la 26e génération qui y vit encore aujourd’hui.
Le château primitif, un logis noble du XIIIe siècle, ne survit pas à la guerre de Cent Ans. En septembre 1356, à la veille de la bataille de Poitiers, les troupes d’Édouard de Woodstock le redouté Prince Noir remontent de Guyenne vers le Poitou et incendient Le Fraisse sur leur passage. Il faut attendre les années 1450 pour que Jacques des Monstiers relève les ruines : ce « vieux château » du XVe siècle forme encore aujourd’hui la partie droite de l’ensemble des bâtiments. Un siècle plus tard, Jean des Monstiers, évêque de Bayonne et ambassadeur des rois François Ier et Henri II auprès de Charles Quint, commande la grande reconstruction Renaissance. Pour cela, il fait appel à nul autre que Sebastiano Serlio, le grand maître de l’architecture italienne, auteur du célèbre Traité d’architecture qui influença toute la construction européenne du XVIe siècle. Le résultat est un édifice d’une élégance rare pour le Limousin : un escalier Henri II, une grande salle avec sa cheminée signée Serlio dont le bandeau sculpté représente le château lui-même tel qu’il était au XVIe siècle, et une façade Renaissance délicatement travaillée. Les communs, ajoutés sous Louis XIV avec leur toiture à la Mansart, complètent l’ensemble à la fin du XVIIe siècle.
Mais l’anecdote la plus stupéfiante du Fraisse est peut-être celle de la Révolution. En mai 1802, le maître des lieux vient de mourir. Son fils et héritier légitime est émigré en Allemagne le château risque d’être saisi par les autorités révolutionnaires. Le personnel de la maison prend alors une décision extraordinaire : plutôt que de déclarer le décès, les domestiques dissimulent la mort de leur maître. Chaque matin, ils habillent le corps, l’installent dans son fauteuil devant la fenêtre, et le maintiennent ainsi en vue de la rue, pour que les passants et les gendarmes croient le voir simplement assoupi. Le château est sauvé.
La bibliothèque du Fraisse dit tout du tempérament de cette famille. Près de 7 000 ouvrages y sont conservés, leurs couvertures cirées à la main par le propriétaire actuel. On y trouve notamment des documents signés de la main de François Ier le roi signait personnellement, quand bien même ses secrétaires rédigeaient. Dans les salles du château, les portraits d’ancêtres s’accumulent sur les murs, témoins muets de huit siècles de vie familiale.
Le château est ouvert à la visite toute l’année, avec des départs à 14h et 16h de juin à septembre, et sur réservation pour les groupes le reste de l’année. C’est toujours un membre de la famille qui guide les visiteurs. Le domaine propose également 5 chambres d’hôtes, ainsi qu’une salle de réception de 300 m² pour les mariages et événements, avec une cour d’honneur pour les cocktails et un tour en montgolfière en option.