Perché sur une colline dominant le bourg de Coussac-Bonneval, le château de Bonneval veille sur la campagne limousine depuis plus de dix siècles. Tout commence en 930, date gravée dans une pierre incrustée dans la maçonnerie de la tour d’entrée, là où un chevalier ancêtre de la famille fit bâtir une première forteresse sur les ruines d’une villa gallo-romaine. La première mention écrite remonte à 1050, avec Gérault de Bonneval un prénom que porte encore aujourd’hui le marquis actuel, Géraud de Bonneval, comme un clin d’œil du destin à trente générations d’intervalle.
C’est au XIVe siècle, en pleine guerre de Cent Ans, que Jean III et Jean IV de Bonneval donnent au château sa forme actuelle : un quadrilatère flanqué de quatre grosses tours rondes, cerné de douves sèches de douze mètres de profondeur. Le château est alors un enjeu stratégique majeur entre Français et Anglais. Du Guesclin s’en empare, avant qu’il soit restitué contre allégeance à la France. La Renaissance apporte une touche d’élégance inattendue avec l’aménagement d’une cour intérieure à galeries et colonnades d’inspiration italienne, contrastant avec la sévérité de la forteresse. Au XIXe siècle, Hippolyte de Bonneval général sous Napoléon, Louis XVIII et Charles X rachète le château pour le sauver d’une dette de jeu de son cousin le marquis Antoine, grand habitué des tables parisiennes. Il consacrera 56 ans et une fortune à le rénover : terrasse panoramique, grandes fenêtres, façades remaniées, parc redessiné.
L’intérieur est un cabinet de curiosités vivant. Dans le grand salon, un plafond peint par François Boucher peintre favori de Madame de Pompadour représente l’Enlèvement d’Europe par Jupiter. Une cheminée provenant du château d’Anet, résidence de Diane de Poitiers, trône dans le second salon avec son emblématique croissant de lune. Les murs sont tendus de tapisseries d’Aubusson, de Flandres et de Fontainebleau. Dans les cartons du XIXe siècle qui s’entassent dans la salle des archives dorment 30 000 documents, dont les plus anciens remontent aux XIe et XIIe siècles. Et au détour d’un couloir, une chambre entière est dédiée au personnage le plus fantasque de la lignée : Claude-Alexandre de Bonneval (1675–1747), officier de Louis XIV tombé en disgrâce, qui finit par se convertir à l’islam, rejoindre l’Empire ottoman et commander son artillerie sous le titre de Pacha à trois queues. Une vie de roman — et il n’a jamais mis les pieds dans ce château.
Aujourd’hui, le marquis Géraud et la marquise Marta (originaire du Brésil) habitent les lieux et accueillent eux-mêmes les visiteurs. La visite est guidée, les après-midis de mai à septembre (sauf le lundi), avec des créneaux à 14h30, 15h30 et 16h30 et 17h30 en juillet-août.
Les billets sont à retirer à l’Office de Tourisme de Coussac-Bonneval, situé juste à côté. Le parc, la cour intérieure et la boutique sont accessibles gratuitement les jours d’ouverture.
Pour aller plus loin, le château propose des chambres d’hôtes, un gîte de 4 personnes dans l’enceinte du parc, des concerts, des spectacles, des ateliers enfants et même des nuit au château avec le petit déjeuner !